SCULPTURES

 

 

 

Je me charge du souvenir // Exposition personnelle // CHMS de Chambéry // 13 décembre 2022 – 6 mars 2023

Dans Je me charge du souvenir, il y a la recherche d’un alliage inédit qui viendrait à la fois renouveler et sublimer les matières premières que Nawelle Aïnèche utilise. Trois composants échafaudent ici un dialogue : la terre, le tissu, le plastique. Au début de la fabrication, ils sont comme inertes, encore en transit – c’est le geste qui permettra de leur insuffler la vie. En modelant l’argile, l’artiste réactive la mémoire d’un corps féminin jadis brisé ou déformé. La main est geste, la main est peau. Au contact de la terre, l’épiderme se déporte en quelque sorte sur la matière que l’artiste sculpte, et la céramique se trouve alors chargée d’une force mémorielle vivante. Petit à petit, la rencontre s’opère entre le vivant et le synthétique, donnant naissance à de nouvelles mutations. Des tuyaux de plastique s’agrègent aux matières tissées ou modelées, et s’irriguent parfois d’un liquide violet, comme un circuit intraveineux. Tout est pensé en flux. Si la bobine de fil était ce qui permettait initialement de créer une continuité, les tubes reliés s’en font le relai. On passe de la ligne à la boucle, les matières permutent. Une cage thoracique gagne en élasticité tandis qu’un ventre se fige en porcelaine. Les œuvres attestent ainsi de la profonde capacité des femmes à dépasser la question de leur survie en s’appropriant les modalités de leurs métamorphoses.

Julie Mengelle – 2022